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C’est un enchevêtrement, des strates accumulées, superposées, au fil des ans par les occupants successifs de la maison qui se découvre à ses yeux au fur et à mesure que les néons blafards grésillent, bourdonnent, claquent et finissent, un à un, par illuminer d’une lumière pâle le garage. Un plan d’enfer. Il s’avance le visage fermé jusqu’au milieu de la pièce, Le truc là il me proposait, c’était un plan d’enfer. jauge du regard l’établi sur la gauche, les outils alignés par type et taille ; il remarque Sur le papier. l’étau dont les mâchoires crénelées enserrent un tube d’acier, note les reflets luminescents de la poussière ; la sciure, du métal scié et, accolé à l’étau, la caisse à outils. Une vraie caisse à outils. Les deux yeux fermés terribles, je le suis où il veut. Une boîte en fer rouge, laquée, rayée à certains endroits, dont les tiroirs ne coulissent sans effort. Qui plus est, nous sommes potos un truc costaud tous les deux. Elle contient cent quarante éléments. Un adaptateur, six clefs mixtes de neuf à quinze millimètres, huit clefs mâles hexagonales trois tournevis de précision, un tournevis porte embout et ses vingt-et-un embouts de vissage, un adaptateur couteau lino et cinq lames de dix-huit millimètres, une boîte de quincaillerie de cinquante-huit pièces, des clefs, un cliquet, douilles et embouts en chrome vanadium etc. Ce sont des types comme ça, comme lui, ils sont affables formidables toujours le sourire accroché à la gueule et les dents Colgate© bien cirées et un truc à dire, toujours. Il fouille, déplace des objets, caresse les dents graisseuses d’une lourde tronçonneuse à main, et trouve enfin la corde cachée au fond d’un cageot en plastique Assez fin pour ne pas faire genre je suis en train d’épater la galerie mais tout de même, ça marche.. Il l’extraie, la déroule lentement, Ca marche du tonnerre. la frotte contre la paume de ses mains, laisse le chanvre aux entrelacs serrés s’enrouler à ses pieds, Pas le genre bras cassé dans mon genre. ôte un peu de la poussière accumulée. Bien que ça emballe que dalle. Puis il en fixe l’une des extrémités à l’un des montants de l’établi, tire Je veux dire tu vois on baise à peu près autant lui et moi. de toutes ses forces C'est-à-dire pas beaucoup. afin d’assurer la solidité du nœud et insère l’autre extrémité à travers le chas au plafond, Je me dis que son mètre quatre-vingt l’avantage beaucoup, il ne s’efface pas dans la masse. auquel une lampe devait se trouver suspendue, à une époque. On s’accroche à ce qu’on peut, un moment donné. Il s’assied à même le sol, une grossière chape de béton brute, grise et sale, et Il faut bien se faire à l’idée et trouver des fautifs qui ne soient soi. confectionne lentement un nœud, puis un second, un demi nœud d’arrêt, dont la fonction est d’empêcher que le premier ne se desserre, Lui il est du genre à me raconter que les plans de queutards il en a fait putain le tour toutes ces années et ce à quoi il aspire maintenant c’est un peu de paix. tel qu’il apprit à les fabriquer lorsqu’il était enfant. Les boucles réalisées, il vérifie une dernière fois la solidité de l’ensemble et règle la longueur de la corde. Un spot – c’est ça qu’on dit maintenant, on dit un spot, je l’ai entendu – ou un package avec l’ensemble en leasing femme enfant Twingo© mais avec l’option carburant vert. Il rapproche ensuite Il ne faut pas déconner. du centre de la pièce l’escabeau sur une marche duquel il dépose la corde. Il fume religieusement une Craven A, Assurance-vie, carte Visa© et Amex© en prime. écoute les sons du tabac et son souffle régulier. Inspirer, expirer, Il m’embarque dans cette soirée où je ne connais personne comme de bien entendu et pour une fois je ne vais pas me dégonfler. inspirer et il appuie sur chacune des phalanges de ses dix doigts J’ai des poils sur les couilles et le torse moi aussi. et en fait craquer les jointures dans un bruit de cartilage écrasé. Ce à quoi j’aspire, moi, je ne sais pas. Sa cigarette achevée, J’ai bien quelques idées tu me diras. il gravit les trois marches de l’escabeau, passe sa tête dans le cercle de la corde. L’alcool aidant c’est sûr nous arrivons sur place plutôt à l’aise malgré la démarche chaloupée dont nous n’avons conscience ou nous foutons tout à fait. Il monte quelques-unes des marches de l’escalier, regarde son installation, Va savoir. suit des yeux le parcours de la corde tendue de l’établi au croc fiché au plafond, presse l’interrupteur. Bref et merde nous débarquons dans cette soirée il est déjà l’heure d’aller me coucher c’est que demain le réveil il s’en cogne de mes conneries il sonne et heureusement le méchant mélange Alka Seltzer© Guronsan© à savoir acide acétylsalicylique, acide citrique, bicarbonate de sodium, acide ascorbique, caféine glucuronamide je sais qu’il est putain d’efficace. Il propulse son bassin et Avec pour faire passer l’ensemble une Winston for winners une voire deux douches, quelques cafés et aucune question. tout son corps en avant puis en arrière, Je suis tout à fait capable d’assurer. effectue un mouvement de balancier et d’un coup de pied C’est fête terrible dans ce grand appartement rive droite de la capitale. projette l’escabeau à terre. Le fracas du métal contre le béton couvre le râle Ce que je fous là, vraiment je me le demande et je me colle à une place de rêve à proximité de la table sur laquelle sont déposés les alcools ; les verres en plastique transparents ne me rebutent. qu’il expulse lorsque son cou se trouve serré, compressé, A certaines heures, on est plus à ça près. par la corde, les cervicales écrasées par la pression du chanvre sur sa nuque. Il se débat agrippe la corde à deux mains, La sono nous vrille les oreilles et pour avoir une quelconque discussion enfonce profondément ses ongles dans son cou ; il tente désespérément c’est va te faire foutre de se donner un peu d’air ; son visage gonfle, se boursoufle, il bave, son cou saigne, , à moins d’accepter l’idée de cracher dans l’oreille de ton vis-à-vis et de lui exploser l’oreille interne. des bouts de peau arrachés s’agglutinent sous ses ongles, il s’étouffe avec sa propre langue, ses yeux s’exorbitent et rougissent ; puis il cesse de se débattre. Voilà, ça me revient quand je prends une grande claque dans le dos Les deux pieds à quelques centimètres du sol, les bras le long du corps et la tête penchée, tordue dans une étrange position, la rectitude corporelle empêchée par la corde, suivie d’une douleur sourde de l’oreille droite jusqu’au tréfonds de mon estomac quand il me demande si ça va bien son corps effectue encore un lent mouvement circulaire, dans le sens des aiguilles du montre, la force de Coriolis s’applique aussi bien aux vasques d’évier qu’aux pendus. Son corps se relâche, ses selles s’écoulent le long de ses jambes lâches et gouttent de ses talons jusqu’au sol et , ça me revient tout à fait pourquoi je n’aime pas ces putains de soirées. assombrissent de tâches épaisses le gris du béton. Les lignes et tâches d’excréments s’entremêlent les unes les autres et l’apparente irrégularité des surfaces ainsi couvertes reproduisent à divers degrés et échelles les mêmes structures. Un bref coup d’œil sur les bouteilles non encore ouvertes me permet d’estimer combien de temps encore je tiendrai le coup. Ses déjections, sans offrir les plaisirs du Rythme d’automne de Pollock, créent des fractales et ressemblent de troublante façon à certaines œuvres du peintre que les néons blafards éclairent mal. Image DR / Musique Violent Femmes To the kill

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