Devant l’entrée du métropolitain Ca me fait super plaisir de t’entendre, tu sais.. Winston for winners entre l’index et le pouce. Pousser l’index. La cigarette file droit Et dans le même temps, pas du tout. dans le caniveau. Zéro détour. Extinction immédiate au contact de l’eau souillée. Disparition instantanée, emportée par le flux. Ca fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus. Plus loin un homme noir habillé de vert Tous les deux je veux dire. racle le fond du caniveau à l’aide d’un balai aux similis poils en plastique. Vert. Assortis au costume. La mairie de Paris a du goût. Je veux dire juste tous les deux. Réflexion silencieuse. Pour ma propre gouverne. Descendre les marches. Suivre le mouvement C’était quand, au printemps, c’est bien ça hein.. Une à une. Se caler sur la droite. Régler mon pas sur cette femme. Oui, nous ne nous sommes vus ou parlés depuis le printemps, le mois de juin je crois. Dix-neuf marches. Jolie Quelque chose comme ça.. Palier. Trois pas. Suite de l’escalier. Dix-neuf marches. Encore. Plutôt jolie. Oui. Tailleur cintré. Oui, je portais un T-shirt vert moulant que tu trouvais sexy. Droit. Noir. Hanches fines. Je ne sais pas très bien. Et Galbée. Reflets étranges des collants. Je ne sais pas comment tu étais, je ne me souviens plus. C’est la lumière du jour. Peut-être que je ne t’ai pas vraiment regardé. En parallèle un escalier mécanique désert effectue avec force grincements, chuintements, stridences le chemin inverse. Peut-être ne nous sommes –nous pas regardés. Vers la surface. Acheter un ticket. Nous n’avions plus grand-chose à nous dire, c’est vrai. Faire la queue. Se mettre à la file. Tu sais je ne pense pas vraiment à toi, depuis ce mois de juin. Je vois la femme disparaître. Je parlais de toi de temps en temps, c’est sûr. Je la vois introduire sa main C’est que tu vois on me demandait des choses. dans la fente de sa veste. Poche invisible. Juste la fente. On me posait des questions. Main fine. Aujourd’hui je suis heureux de ne plus vivre avec toi. Manucurée, propre. Blanche, diaphane. J’aimerais l’aborder. Je ne regrette rien ; ou presque. Ne jamais aborder une femme. Tu sais il y a cette femme qui me disait la semaine passée qu’il faut vite s’amuser parce que nous allons bientôt mourir. Manque d’aisance et visibilité probable de traces de sueur aux niveaux des aisselles. Je l’aime bien cette femme, nous sommes un peu des amis, tu vois. Puis je n’ai pas le temps. Et tu sais quoi, tu es tellement jalouse que jamais je n’aurais pu être ami avec une femme à l’époque. Elle extraie de sa poche sa carte de transport. C’est sûr je ne suis pas facile à vivre. Elle fait passer Enfin il paraît. nonchalamment la puce au niveau du lecteur mauve. Oui je sais je ne suis pas tout à fait aimable et j’ai le quotidien difficile. Il s’ensuit un bip sonore. Tu sais c’est peut-être la dernière fois que nous nous parlons. Un truc à se faire exploser les tympans. Je veux dire, c’est bizarre la vie parfois. Elle pousse Nous cheminons sur des voies différentes. le tourniquet d’une main, la porte de l’autre, tourne à gauche. Elles ne sont pas nécessairement opposées, c’est sûr. Non. Elle s’arrête Il serait même tout à fait logique qu’elles se croisent à un moment où un autre. regarde les indications sur les panonceaux bleus. Juste un croisement, une intersection. Oui. Tu sais, il est possible que nous aurons du plaisir à nous croiser. Nous pourrons sourire à cette complicité passée, obsolète. Elle part sur sa gauche.
C’est comme ça que ça commence : Oui c’est que j’ai un rendez-vous vous comprenez c’est pour ça que j’aimerai pouvoir partir à seize heures trente. je marche dans la rue. Tu sais je la connais la rue. Mais je ne la reconnais pas. C’est une rue de la ville, c’est sûr mais je ne la reconnais pas. Elle est Déférent, sourire contrit, œil penaud etc. j’en rajoute vraiment ; sombre. C’est une rue très sombre J’en fais c’est sûr un peu trop mais je m’amuse énormément., dans la ville mais je ne sais pas où elle est la rue. Pourtant dans le rêve je sais où elle se situe. C’est honteux. Je veux dire que je ne suis pas perdu dans le rêve. Ma capacité de jeu m’épate, parfois. Je ne me souviens pas exactement exactement c’est sûr ; je crois oui, je crois Pour un peu je serais prêt à faire le comédien dans sa pièce. que je rentrais chez moi. C’est comme ça Je fais ça tellement bien qu’un peu plus elle poserait sa main condescendante sur mon épaule. que je me souviens du rêve. Je marche dans la rue c’est la nuit Je l’imagine déjà presser mon épaule doucement elle est très sombre la rue, comme quelque chose d’aimable mais j’ai parfois du mal avec les contacts physiques. et tout autour est enserré dans une brume obscure mais laiteuse. Je marche et Cela me demande toujours un peu de temps, les contacts physiques. je vais à la rencontre d’un enfant qui circule à vélo. Un très joli vélo, « bicross » ça s’appelle un vélo comme ça. Je sais Les contacts tout court, peut-être., je me souviens parce que Je ne sais pas vraiment. j’en avais un quand moi aussi j’étais petit. Il doit avoir dix ans Je ne sais pas toujours où me situer. l’enfant sur le vélo. Le sien, on dirait le mien. Celui que j’avais moi aussi. Avec le chat c’était plus facile ; c’est sûr. Un beau bicross chromé partout avec une selle bleue électrique et Je range mes petites affaires les grandes roues dentées et ôte mes gants en coton autrefois, ce matin, blancs et les rayons des roues très épaisses mouchetés d’une poussière plus vieille que moi. comme une étoile mais je ne me souviens plus s’il y en avait six ou sept, bleus aussi, les rayons. En plastique. Et l’enfant alors Libération dans le bras une Winston for winners dans la bouche il avance vers moi et moi j’avance je file vers la station de métropolitain m’engouffrer dans les tunnels vers lui mais lui il zigzague c’est quelque chose de terrible comment il bringuebale pour un temps que je ne parviens à estimer correctement. dans tous les sens et quand il est devant moi l’enfant ; il tombe. Il tombe parce Je partais il était pas tout à fait par hasard seize heures vingt-sept et les stations défilent ; que le guidon il le maintient mal et c’est pour ça qu’il zigzaguait l’enfant tu sais et il se fait mal. Il se fait très mal en fait. je n’y prête guère attention. C’est parce que la poignée en plastique antidérapante, elle est bleue elle aussi mais C’est idiot, c’est l’habitude. elle est cassée, elle est un peu abîmée et trouée alors J’hésite un peu et débouche finalement sur le boulevard de Sébastopol bien trop bruyant et animé. le tube en acier il dépasse un peu et Un détour par le bureau de tabac quand il tombe c’est parce que le guidon il se braque à quatre-vingt dix degrés et si ce type devant moi veut bien se dépêcher un peu d’échanger son ticket gagnant par d’autres tickets à gratter, je serais dans les temps. bloque soudain le vélo et le guidon du vélo il se fiche dans la cheville de l’enfant Tiens, moi aussi j’achetais un ticket idiot à gratter ici ; quand il tombe et pénètre dans la chair. Pas beaucoup, c’était mardi. Oui. juste quelques centimètres. Deux peut-être mais J’acquiers un paquet et ne comprends toujours pas pourquoi les prix de ces paquets-là varient de vingt centimes en fonction des lieux d’achat. ça lui fait un gros trou dans le pied à l’enfant. C’est assez pour qu’il ne puisse plus marcher. Et Les paquets classiques coûtent vingt centimes de plus que les nouveaux, plus blancs et moins esthétiques. il se met à pleurer l’enfant. Il pleure très fort, très très fort et moi Les Silk Cut seraient plus fortes et les paquets plus souples ; c’est certain j’en fumerais encore. dans le rêve Je tourne vite le coin de la rue et entre dans le café, jette un œil dans le fond de la salle et m’installe à l’unique grande table, près de la fenêtre. cela me fait mal aux oreilles de l’entendre pleurer si fort. J’accours vers lui Dos au mur, évidemment., parce que je n’étais pas si proche que ça de lui, en fait. Je croyais Dix-sept heures sept, c’est chouette. que j’étais proche de lui dans le rêve mais en vrai Un verre de Krstac s’il te plaît Sacha. j’étais un petit peu loin.
Il faudra oublier. Il faudra oublier mais avant il faudra souffrir. Déjà le bordel de la journée tu vois c’était de tenter d’exploser de knouter cette putain de bouteille champagne. Il faudra la souffrance, oui. Il faudra d’abord beaucoup de souffrance, peut-être. Il faudra oublier mais d’abord il faudra pleurer. Il faudra les jours où La pétasse devant moi elle me zieutait terrible du genre je dois vraiment puer de la gueule ce qui est bien possible mais pas à ce point là. respirer est un fardeau et la lumière du jour Quand même. trop agressive. Il y aura toutes ces heures à occuper. Il faudra peut-être s’abrutir tout à fait Je faisais la queue dans ce tabac à côté du Gibus. pour couvrir la souffrance. Puis je comprenais. Il faudra des jours à se demander pourquoi l’on respire encore. Il faudra oublier que peut-être C’est la rose à la boutonnière la rombière qu’elle toisait et ne pouvait encadrer. maintenant ce n’est que survivre et qu’il n’est pas nécessaire, obligatoire, de survivre. Il faudra la tentation d’enjamber le balcon Alors je tentais le coup de latte dans la boutanche d’un grand et franc coup de tibia et tout connard je me retrouvais à claudiquer.. Il faudra les nuits sans sommeil et la tension dans le corps et l’esprit désarticulé alors les larmes à n’importe quelle heure et Certes les putain de paquets de winston for winners pour la soirée je les avais mais merde quoi. sans raison. Il faudra oublier, il faudra oublier et l’on sera incapable d’oublier. Il faudra le souvenir C’est que c’est costaud, le verre d’une négresse champenoise. des expressions du visage et les inflexions de la voix. Il faudra la voix qui disparaîtra. Il faudra accepter Je remontais la rue et crachais tout ce que je pouvais, un peu. de ne plus savoir comment certains mots se prononcent. Il faudra se résigner Il me laissait son tabouret le temps pour tibia se remettre d’aplomb et de se foutre de ma gueule. de ne pouvoir se remémorer que les sons de quelques expressions souvent anodines. Il faudra alors chérir ses restes de tous les propos échangés. Il faudra se résigner Puis vite il fallait se cogner les mômes, les monstres, avec les jerricans d’essence pleins jusqu’à la gueule. de se souvenir seulement de comment se prononcent ‘putain’ Ils se promettaient de les déverser à la République. et ‘oui’, peut-être. Il faudra oublier comment se prononcent et ‘putain’ et ‘oui’ On manquait de peu de se faire tataner total, le baston général bien rock n’ roll et très con.. Il faudra ne pas se tordre trop de croire que la peur est responsable de beaucoup de mal. Il faudra ne pas imaginer On ne se sentait pas qu’un peu foireux à l’idée de se faire dérouiller par des mômes de quinze ans. Les choses qui n’existent pas. Il faudra ne pas embrasser la nuit le coussin et les yeux clos Ils lâchaient l’affaire parce que tous n’ont pas mon gabarit tu vois, mais pas l’essence et aucun de nous n’était dupe. tenter de se remémorer les promesses que l’on se faisait à soi pour elle. Il faudra réapprendre Ils remontaient, ils faisaient demi tour mais ils s’en allaient descendre par la rue adjacente.. Il faudra ne pas cracher par terre et ne pas être en colère. Il faudra ne pas oublier. Il faudra oublier Nous fûmes tous assez lâches pour nous leurrer assez et croire qu’ils allaient gentiment se rentrer dans leurs cagnas les chiards.. Il faudra oublier les odeurs et les gestes aussi. Il faudra Va te faire foutre. oublier l’odeur de ses vêtements, les odeurs mélangés du contact de nos mains. Il faudra oublier la chaleur On oubliait les mômes on commandait une nouvelle bouteille de rouquin. de sa peau comme la façon qu’elle a de rouler ses cigarettes, de marcher. Il faudra oublier qu’elle marchait sur les pavés et Il fallait du rouquin couleur brique ce soir ; oui. évitait les interstices. Il faudra oublier qu’elle m’oubliait une fois. Il faudra oublier les reproches idiots. Il faudra oublier les façons qu’elle a de rire et Je proposais un toast en l’honneur de Léo Fränkel ou Louise Michel. ses sourires. Il faudra oublier ses bâillements. Il faudra alors l’oublier tout à fait et Les autres déjà très petit Lu ils proposaient plutôt Maxime Brunerie et Nathalie Ménigon mélangés. ne pas l’oublier dans le même temps. Il faudra chérir l’énergie retrouvée et la force. Il faudra ne pas oublier cela, Brunerie, c’est un truc un peu comme qui dirait prédestiné non ? Je veux dire, Brunerie, peste brune, un truc dans le genre tu vois. la force qu’elle ne savait pas me procurer. Il faudra chérir le souvenir de sa présence. Il faudra oublier il faudra accepter et Tu veux savoir, on était déchirés tous mais un truc un peu sérieux tu vois ne pas oublier, oui, le pessimisme n’est pas par essence malheureux. Il faudra ne pas oublier Comment ça tu ne vois pas. il faudra parler de la lucidité et il faudra alors cesser de survivre pour vivre. Il faudra aussi être découragé Puis vers minuit je me décidais d’aller caler au chaud au fond du pucier.. Il faudra de la vanité et la haïr un peu quelques jours. Il faudra Oublier tout ça. se laisser traverser par la peur. Il faudra sourire et chanter Quand cette nana me stoppait net et s’apprêtait à me bouffer la gueule de toute sa bouche. quand pleurer ne sera d’aucun secours. Quoi ? Il faudra alors Ca va pas ou quoi. fumer une cigarette. Il faudra ne pas laisser la vanité manger le ventre et il faudra ne pas haïr et soi et elle mélangés. Il faudra au plus profond de soi Bah non ma chérie il en faut pas me chauffer comme ça. souhaiter qu’elle eut raison pour elle et contre tous. Il faudra Enlève ta main. ne pas nourrir la souffrance. Il faudra la Baiser avec toi ? Ca va pas ou quoi. regarder comme le premier matin et la savoir belle et Enlève ta main. resplendissante tous les jours. D’abord je suis bien bourré ensuite je suis amoureux alors tu vois alors je ne couche pas avec n’importe qui. Il faudra être capable de ne pas prononcer des mots Ou l’inverse.. Il faudra dormir. Ca m’a déprimé encore plus fort et je m’enfilais encore quelques drinks fringants jusqu’à la fermeture du troquet. Il faudra oublier que les mots dégueulés là ne sont pas vrais. Il faudra oublier les rêves. Il faudra.
Photo Ph&-no /Musique Sonic Youth Kool thing
Le hall de La fenêtre. la gare à cette heure est désert et Il faut ouvrir la fenêtre. calme, les annonces crachées par La porte-fenêtre. les haut-parleurs résonnent et rebondissent sur les hauts murs et ferronneries ; nous pouvons Sortir. entendre les friselis des panneaux d’indications des départs et arrivées qui pivotent et bruissent comme un battement d’ailes. Nous avançons jusqu’au milieu du parvis, Enjamber le montant de la porte et refermer derrière soi. les pigeons sont plus nombreux que les hommes. Allumer la cigarette. Nous reculons nous sommes impressionnés Dans les appartements des trentenaires à balcon et poussettes McLaren©, par l’espace, le vide, devant nous on ne fume pas.. Nous refluons vers l’une des brasseries sans très bien savoir si On ne fume plus. elle ouvre ou ferme à cette heure et Dans les appartements des trentenaires à balcon, commandons des cafés. Quatre ; nous on ne rigole pas avec la santé des enfants. nécessitons deux cafés chacun et n’aimons les doubles parce que Il ne faut pas déconner. les tasses sont grosses et lourdes, les bords épais inconfortables au contact Les trentenaires à balcon, poussettes McLaren© et revenus souvent de plus en plus confortables ne fument pas ;des lèvres, nous ne souhaitons non plus attendre entre les deux. Nous commandons quatre cafés et on équipe toutes les pièces de l’appartement d’ampoules basse consommation, on trie correctement ses déchets et on ne fume pas ; le serveur reste une seconde interloqué, il voit bien que nous ne sommes que deux, Gunter et moi. Les serveurs de café il en faut un peu plus pour les impressionner et les appartements à balcon, c’est comme ça aujourd’hui souvent. il s’en va hurler au barman affairé à astiquer la verrerie derrière le comptoir, quatre express, quatre. Il faudrait ne pas accompagner les voyageurs Gunter fume, il aspire comme un sauvage sur sa cigarette et se demande s’il est bien trentenaire lui aussi. jusque dans les gares. L’homme jette d’un geste son torchon humide sur son épaule gauche et On mange bio, aussi, chez les trentenaires à poussettes McLaren© équipés de balcon. se saisit des filtres métalliques qu’il emplit de café frais et Les balcons sont fleuris dans les poussettes McLaren© des trentenaires à enfants équipés d’ampoules basse consommation. moulu grâce à la machine installée à côté du percolateur, Je m’approche. il met en place les récipients, presse quelques boutons, dispose les quatre tasses sous les filtres, Toi aussi mon pote, tu as dû te tromper de siècle. dépose sur un plateau les soucoupes auxquelles il adjoint sucres et cuillères et enfin dépose les tasses pleines de café chaud Ou d’amis. ; le serveur récupère le plateau et Me fait-il remarquer. dispose les quatre tasses sur la petite table. La note, Il craque une allumette, embrase la Winston Image Александр Родченко
Maintenant, c’est parti. On imagine un peu le truc quelque chose comme une défloraison à coup d’ avtomat pistolet, un MP-40 très allemand très Gunter et très connard. Qu’est-ce que c’est, tu veux ma paume dans ta gueule comme les pouffiasses en bottes moches et cuirs sombres que Franck rêve de trousser tout contre le comptoir ? Gunter picole un peu plus, s’enfile un nouveau petit verre de vodka, sec. La condensation formée à la surface extérieure du verre garde la trace de ses doigts. Je hausse un peu les épaules et évite de justesse la bourrade qu’il s’apprête à me donner. Ce gros Allemand est plus grand, plus fort que moi. Il pèse bien dix ou quinze kilos de plus que moi. Il rugit à la serveuse, par-dessus le Funeral de Arcade Fire, il veut une autre tournée de vodka, pour lui, pour moi, pour Franck qui raconte Cesare Pavese, deux cigarettes allumées dans la main, va savoir, à une jolie nippone qui n’entrave que la moitié de ses paroles, mais les boit malgré tout. De toute évidence, les techniques de Franck sont à revoir, à éviter, la jeune et jolie nippone s’emmerde et sourit, cherche du regard quelqu’un ou quelque chose pour se dégager de l’importun Franck. Le sourire de façade et menteur formidable. Dans quelques minutes, c’est évident, il parlera la tête un peu penchée sur le côté, avec son air de chien battu exécrable ; de Michaux, des poussières de sable pourquoi pas et déclamera-t-il à peu près Bonheur bête. Il n’a pas de… Pas de. Gunter et moi nous marrons un petit peu de regarder Franck se démener tant et plus, il sue presque. Je raconte à Gunter la collection de photographies de pantalons transparents et de queues baisantes en live qu’il s’acharne à coller aux murs de son appartement. Franck, dis-je, est quelque chose comme un peu pervers non ? Gunter s’en tape, comme toujours. Gunter se cogne un peu de tout, à l’exception des ballades parisiennes qu’il propose aux jolies bourgeoises exotiques et qui lui permettent de s’enfiler ses vodkas. Gunter est un dilettante accompli. Il n’aspire dit-il, qu’à doucement continuer de mourir et pour l’instant à pisser. Il zigzague le long du comptoir, s’arrête un instant à la table de Franck et lui murmure qu’il devrait essayer ça aime-moi moins mais aime moi longtemps, le genre de phrases très connes à les faire tomber comme des mouches les petites putes, non ? Puis tu pourrais continuer avec Léautaud, parler de la jolie rue Monsieur-le-Prince où il vécut longtemps, et du chiqué, de la fausse grandeur, de la fausse profondeur, comme il dit, de Rimbaud et de son Bateau-Ivre. Quatre-vingt sept euros plus tard que Gunter lâche sans sourciller nous laissons-là Franck. A conserver au revoir CARTE BANCAIREEMV LE Cannibale café 75011 Paris A0000000421010 CB Le 15/06/07 A 01 :38 :35 LE cannibale café 75011 Paris 2312122 ??????376753601 ? F66C4D3E6ABE9C1B 002 000041 C Montant : 87 EUR Debit TICKET CLIENT A conserver au revoir. Brisons-là, il serait temps d’aller baiser, non ?
Photographie A. Titarenko -